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La Maison de l'Asymétrique

Juin 2018

La maison de l’asymétrique est l’un des noms du pavillon de thé. On s’y voue au culte de l’imparfait et on y laisse volontairement «une part d’inachevé que le jeu de l’imagination complète à sa guise.» (Le livre du thé, Kakuzo Okakura)
Ce lieu et les éléments qui y sont présentés ont été choisi grâce à des coïncidences.
Dans La poétique de l’espace, Gaston Bachelard décrit la cave comme un espace qui participe aux puissances souterraines « en y rêvant on s’accorde à l’irrationalité des profondeurs ». L’auteur explique que la peur de la cave et de ses jeux d’ombres est aujourd’hui moins com- mune, c’est un lieu éclairé. La peur que l’on ressent dans cet espace n’est plus une peur humaine mais une peur cosmique. Bachelard explique que les traces évolutives que nous y trouvons en font un lieu de rêveries cosmiques.
Les images présentes dans l’espace sont des agrandissements de photographies d’insectes. Ces photographies argentiques faisaient partie d’un classeur de biologie retrouvé récemment, lui aussi dans la cave d’un proche. Ce classeur de 1985 a été oublié durant 33 ans et a subi une les dégâts d'une inondation.
Ces sujets relatifs à la biologie et à la botanique sont à présent des objets entre le minéral et le végétal. D’un côté la chimie et le nitrate d’argent du processus photographique argentique ont fossilisé les insectes à l’intérieur de l’image et de l’autre ils ont mis en avant l’imagerie du processus évolutif de la matière, qui a continué à faire vivre ces images comme des végétaux dans un milieu naturel. J’ai agrandi les photographies et les aie sorties de leur contexte pour accentuer leur ambiguïté, le mélange des échelles et l’abstraction des sujets figuratifs. Ces images peuvent représenter autant des paysages vus du ciel, une galaxie ou un monde moléculaire. Roger Caillois lorsqu’il parle de sa collection de pierre estime que ces « peintures de la nature qui ne doivent rien aux mains de l’homme semblent être une émanation directe des forces impalpables comme l’aboutissement de siècles de chaos et de hasard. » (La lecture des pierres)
La poudre blanche le long des murs est de la levure. J’ai choisi cette matière en référene au Candida Albican. Il s’agit d’une espèce de levure présente dans les muqueuses humaines chez 80% de la population.
Cela fait cinq ans que je ne trouve pas l’origine de mes douleurs et j’ai appris il y a un mois que la Candidose est l’une des causes de mes troubles. Il me plaît de m’imaginer ce type de taches fongiques sur mon estomac à la manière du nénuphar qui pousse dans le poumon de Chloé dans L’écume des jours de Boris Vian. D’autant plus que durant ces cinq années l’imagerie des taches est devenu petit à petit une obsession pour moi et fait partie intégrante de mon langage plastique.
Le petit tableau accroché au mur je l’ai trouvé dans un buisson. Si l’on s’approche de plus près, nous pouvons voir que la moisissure a apporté une nouvelle touche picturale à l’ensemble. Ici aussi la nature a continué son travail perpétuel de transformation.
Tous les éléments présents auraient pu être là depuis des années mais ce n’est pas le cas car j’ai pris le soin de faire réencadrer le tableau, la levure au sol qui aurait pu être de la peinture qui s’écaille ou du salpêtre est disposée de manière un peu trop régulière et les photographies ne sont pas des objets ordinaires entreposés dans une cave.